Changer de métier, c’est souvent le projet qu’on reporte d’année en année — jusqu’au jour où rester dans la même situation devient plus risqué que de sauter le pas. France Travail (ex-Pôle emploi) est l’un des premiers leviers à activer quand on envisage une reconversion professionnelle. Pas uniquement pour les demandeurs d’emploi : les salariés aussi peuvent en bénéficier, souvent sans le savoir.
Le problème, c’est que l’offre de services est dense, parfois peu lisible, et que rater une étape peut coûter cher — notamment sur le plan des allocations chômage. Voici comment s’y retrouver, poser les bonnes questions et construire un projet solide.
Ce que France Travail propose concrètement pour une reconversion
L’accompagnement individualisé par un conseiller
Premier réflexe à avoir : prendre rendez-vous avec un conseiller France Travail spécialisé dans les projets de reconversion. Ce n’est pas un entretien d’embauche, c’est un diagnostic. Le conseiller analyse votre situation, identifie vos compétences transférables, et vous oriente vers les dispositifs adaptés à votre profil et à votre territoire.
Ce service est accessible que vous soyez demandeur d’emploi ou encore en poste (via la plateforme en ligne ou par téléphone au 3949). Un salarié qui anticipe sa démission a tout intérêt à consulter avant de partir — pour ne pas se retrouver dans un vide administratif.
✅ À retenir
Un conseiller France Travail peut vous aider à construire un projet de reconversion même si vous êtes encore en poste. L’accompagnement n’est pas réservé aux personnes déjà inscrites comme demandeurs d’emploi.
Le bilan de compétences financé
Le bilan de compétences dure jusqu’à 24 heures, réparties sur plusieurs semaines. L’objectif : clarifier ce que vous savez faire, ce que vous voulez faire, et ce que le marché de l’emploi recherche sur votre territoire. France Travail peut financer ce bilan via le CPF (Compte Personnel de Formation) ou, dans certains cas, via des fonds spécifiques pour les demandeurs d’emploi.
Résultat concret : un document de synthèse que vous seul possédez, et une ébauche de projet professionnel actionnable. Pas un vague « vous êtes fait pour aider les autres » — un vrai plan avec des métiers ciblés, des formations identifiées, des délais réalistes.
⚠️ Reconversion et allocations chômage : le point crucial
Peut-on se former en touchant ses droits ?
Oui — et c’est l’un des atouts majeurs du système français. Si vous êtes inscrit à France Travail et que vous suivez une formation validée dans votre projet personnalisé d’accès à l’emploi (PPAE), vous continuez à percevoir vos allocations ARE pendant toute la durée de la formation. Certaines formations permettent même de bénéficier de l’AREF (Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise) si vous créez votre activité en parallèle.
⚠️ À garder en tête
Démissionner sans préavis pour vous former immédiatement vous prive de droits au chômage. La démission n’ouvre des droits ARE que dans des cas précis (démission légitime reconvertissante, projet de reconversion validé après 5 ans d’ancienneté). Vérifiez votre éligibilité avant toute décision.
La démission-reconversion : un dispositif souvent mal connu
Depuis 2019, une démission peut ouvrir des droits au chômage si vous avez au moins 5 ans d’ancienneté dans votre entreprise et un projet de reconversion validé par une Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale (CPIR). La démarche : faire valider votre projet auprès du Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) — service gratuit accessible via France Travail ou d’autres opérateurs — puis déposer le dossier à la CPIR.
Si votre projet est validé, vous pouvez démissionner et vous inscrire à France Travail pour percevoir vos allocations. Le taux d’accord est élevé pour les projets bien construits : formation diplômante, débouchés identifiés, cohérence avec le parcours existant.
5 ans
d’ancienneté requise pour déclencher le dispositif démission-reconversion et conserver ses droits ARE
🎯 Quels métiers et formations viser avec France Travail ?
Les secteurs en tension prioritaires
France Travail publie régulièrement des listes de métiers en tension par région. Ce sont des secteurs où les recrutements échouent faute de candidats qualifiés — et donc des pistes de reconversion à fort taux d’insertion. En tête de liste ces dernières années :
- les métiers du soin et du médico-social (aide-soignant, infirmier, accompagnant éducatif)
- les métiers du numérique (développeur, technicien cybersécurité, data analyst)
- les métiers de la transition écologique (technicien en rénovation énergétique, installateur de panneaux solaires)
- les métiers de l’artisanat et du BTP (électricien, plombier, charpentier)
Ces secteurs bénéficient souvent de financements prioritaires pour les formations, ce qui raccourcit les délais et réduit le reste à charge.
Les dispositifs de formation accessibles
Plusieurs outils de financement coexistent, et France Travail peut vous aider à les combiner :
- CPF (Compte Personnel de Formation) : crédits accumulés tout au long de la carrière, mobilisables pour des certifications reconnues
- Préparation Opérationnelle à l’Emploi (POE) : formation courte financée par France Travail, souvent en lien avec un employeur qui s’engage à recruter
- Action de Formation Conventionnée (AFC) : formations longues financées directement par France Travail pour les demandeurs d’emploi
- Contrat de professionnalisation ou d’apprentissage : se former en alternance, y compris pour les adultes en reconversion
💡 Notre conseil
Avant de choisir une formation, vérifiez qu’elle est éligible au CPF sur moncompteformation.gouv.fr et qu’elle débouche sur une certification reconnue (RNCP). Une formation non certifiante, même excellente, peut bloquer certains financements et peser sur la crédibilité de votre dossier CPIR.
Construire son projet de reconversion : les étapes clés
Un projet de reconversion bien préparé, c’est un projet qui tient face aux questions d’un conseiller, d’un jury CPIR ou d’un futur employeur. Voici la séquence qui fonctionne :
Bilan de compétences, auto-évaluation, échanges avec des professionnels du métier visé (LinkedIn, forums sectoriels, immersions via la Méthode IOD).
Rechercher les certifications RNCP correspondant au métier cible, chiffrer le coût, identifier les financements disponibles (CPF, France Travail, Région, OPCO).
Rencontre avec un Conseiller en Évolution Professionnelle (gratuit, neutre, confidentiel). Il formalise votre projet et peut vous orienter vers la CPIR si vous souhaitez la voie démission-reconversion.
Une fois inscrit, ouvrir votre PPAE avec votre conseiller, déclencher les financements formation, et suivre l’avancement de votre projet à chaque actualisation mensuelle.
Pour aller plus loin sur le financement de votre formation, consultez notre article sur le CPF et la reconversion professionnelle.
Questions fréquentes
Peut-on contacter France Travail pour une reconversion quand on est encore salarié ?
Oui, tout à fait. France Travail n’est pas réservé aux demandeurs d’emploi. Un salarié peut prendre rendez-vous pour préparer un projet de reconversion, accéder au Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) — entièrement gratuit — et explorer les dispositifs de financement disponibles avant même de démissionner ou d’être licencié.
Combien de temps dure en moyenne une reconversion professionnelle financée par France Travail ?
La durée varie selon le métier visé et le niveau de formation requis. Une formation courte (POE, certificat de compétences) peut durer de 2 à 6 mois. Une formation diplômante de niveau bac+2 ou bac+3 s’étale souvent sur 12 à 24 mois, parfois en alternance. Les allocations ARE peuvent être maintenues pendant toute cette période si la formation est validée dans le PPAE.
Quelle différence entre le CEP et un conseiller France Travail classique ?
Le Conseiller en Évolution Professionnelle (CEP) est un service neutre et confidentiel, distinct du suivi classique France Travail. Son rôle : vous aider à construire et valider un projet de reconversion, sans lien avec votre inscription ou vos droits. Il peut être fourni par France Travail, l’Apec, Cap emploi ou d’autres opérateurs régionaux selon votre profil.
Est-ce que France Travail finance directement les formations de reconversion ?
France Travail peut financer directement certaines formations via les Actions de Formation Conventionnées (AFC) ou les Préparations Opérationnelles à l’Emploi (POE). Ces financements s’adressent principalement aux demandeurs d’emploi inscrits. Pour les salariés, le financement passe plutôt par le CPF, l’OPCO de la branche professionnelle ou la Région.
Le dispositif démission-reconversion est-il accessible à tous les salariés du privé ?
Non. Il faut justifier d’au moins 5 ans d’ancienneté en tant que salarié du secteur privé (pas nécessairement dans la même entreprise). Les fonctionnaires, travailleurs indépendants et intérimaires n’y sont pas éligibles. Le projet doit ensuite être validé par une Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale (CPIR) avant la démission — l’ordre des étapes est impératif.